Octobre rose célèbre la lutte contre le cancer chez les femmes tout en laissant prospérer
des pratiques industrielles polluantes. Luttons contre les pesticides

Les chiffres sont là, accablants

  • La France est le 2ème pays (derrière l’Australie) pour le taux de cancers du sein dans la population (vieillissement de la population pris en compte) et le nombre de cas augmente encore plus vite chez les moins de 40 ans (Médiapart – 5 octobre 2026).
  • En 2023 pour le cancer du sein 61214 nouveaux cas et 12765 décès.
  • Entre 1990 et 2023 le taux d’incidence du cancer du sein est en hausse de 63% chez les femmes de 30 ans.
  • Tous cancers confondus, entre 1990 et 2023 : 1817 nouveaux cas chez les moins de 14 ans, 443 chez les 15-17 ans.
  • On observe une augmentation des cas chez les adultes jeunes, voire chez les enfants et adolescents, une évolution extrêmement inquiétante.

La littérature scientifique, consolidée par plusieurs rapports collectifs, établit des liens de plus en plus solides entre certaines familles de pesticides et divers types de cancers. Le rapport d’expertise collective publié par l’INSERM en 2021, qui repose sur l’analyse de plus de 5 300 articles scientifiques, conclut à une présomption forte de lien entre l’exposition professionnelle aux pesticides et plusieurs cancers.

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé plusieurs pesticides parmi les cancérogènes.

Les toxicologues et épidémiologistes montrent l’importance des facteurs d’exposition environnementale et professionnelle, de la pollution de l’air, de la terre et de l’eau.

Le récit des facteurs externes, tels que l’âge, le sucre, le tabac, l’alcool, les écrans, le stress ou le manque d’exercice, est une stratégie de lobbying bien connue (deflect) qui cherche à détourner l’attention des pesticides qui sont la racine de l’épidémie de pathologies des maladies modernes.

Les exemples des îles d’Ithaque et d’Icaria en Grèce : les habitants connaissent une longévité impressionnante, et les pesticides sont rares. Ces îles font partie des zones bleues (comme Okinawa au Japon ou la Sardaigne), où la longévité est exceptionnellement élevée, et où les maladies chroniques sont beaucoup moins fréquentes que sur le continent. Cette population consomme peu de pesticides et a une alimentation basée sur des produits locaux, souvent bio, et des habitudes de vie saines, mais surtout sans exposition chimique systématique.

Il est temps que nous dépassions le seul niveau de responsabilité individuelle et que nous envisagions la responsabilité sociétale

Face aux victimes du cancer, une pieuvre

  • L’industrie chimique qui fabrique les pesticides

Les laboratoires qui élaborent les médicaments sont une branche de l’industrie chimique. Production de pesticides qui provoquent le cancer, puis production de médicaments pour soigner le cancer : une triste complémentarité qui force l’admiration !

  • La FNSEA, premier syndicat agricole en France

Connue pour son soutien à l’agriculture intensive, à l’agro-industrie, aux produits transformés et à l’utilisation des pesticides.

La FNSEA a une action de lobbying intense : avec ses agences départementales et régionales elle a dépensé 2 millions d’euros en 2020.

Son influence sur le ministère de l’Agriculture est telle qu’on dit que la FNSEA est en « cogestion » avec le ministère pour élaborer la politique agricole.

Elle produit également des amendements « clés en main » pour les parlementaires qui peuvent lui être favorables.

Sa position de 1er syndicat doit beaucoup à un règne de la terreur avec son rôle prépondérant dans les SAFER qui gèrent le marché des terres agricoles, et auprès des banques. Voir l’enquête de Nicolas Legendre « Silence dans les champs » qui a reçu le prix Albert Londres en 2023. « Le système agro-industriel prospère grâce à la bienveillance, l’impuissance et la lâcheté des autorités » N.L.

  • Le Gouvernement

Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, LR, a une formation littéraire qui ne la prédisposait pas a priori à ce poste. Elle a proposé d’interdire de filmer les élevages intensifs, elle s’oppose aux options végétariennes dans les cantines scolaires, soutient la création de « bassines » de rétention d’eau, diminue la protection du loup, s’oppose à l’écologie « punitive et décroissante » et au nutri-score, et minimise le lien pesticides-cancer.

D’où peuvent bien lui venir toutes ces idées ? La ministre est le porte-parole de la FNSEA.

De façon générale le gouvernement refuse de tenir compte de l’opinion des scientifiques. René Dumont qui en 1953 défend la révolution agricole productiviste et l’expérimente en dénonce dès 1960 les dégâts avant de se porter candidat à l’élection présidentielle en 1974. Il y a plus de 60 ans, il a compris en 7 ans, ce que le gouvernement nie encore !

La pétition contre la loi Duplomb a été signée par 2 millions de personnes dont une soixantaine de personnalités scientifiques et sociétés savantes, sans aucun effet notable.

Il semble exister une ignorance organisée des registres du cancer qui comptabilisent les cas de cancers ; il n’y a que 19 registres généraux (par zones géographiques) et 11 spécialisés (par type de tumeurs) alors qu’il devrait y avoir au minimum 1 registre par département.

Les chercheurs qui travaillent sur les liens entre cancer et environnement voient souvent leurs carrières entravées : voir la BD de Laurence Huc et Sophie Caron « Pesticides – leurs ravages sur la santé des enfants ».

Yaël Braun-Pivet (LREM transfuge du PS) présidente de l’Assemblée nationale depuis 2022 a eu un cancer du sein pendant sa présidence. Elle décrit son expérience dans « Rose magazine » un magazine destiné aux victimes du cancer du sein et dans un livre « À ma place ». Comment avoir un cancer du sein en étant présidente de l’Assemblée nationale et en gardant le sourire ! Tout à fait dans l’esprit octobre rose … Son commentaire sur la loi Duplomb : « la loi Duplomb est une bonne loi » !

  • L’Europe

À ce niveau également les lobbies sont très efficaces.

Le budget de la PAC va prioritairement aux gros agriculteurs et éleveurs (dont M. Duplomb…).

Une loi « omnibus » est en préparation qui devrait diminuer ou enlever les garde-fous qui limitent l’utilisation des pesticides (omnibus parce que cette loi permettrait de modifier plusieurs textes en une fois).

Les pesticides : effets et mesures (voir www.chemicalinterests.fr)

Les pesticides sont des substances synthétiques : c’est-à-dire fabriqués par l’homme et qui n’existaient donc pas dans la nature. Ces substances de synthèse ne sont souvent pas biodégradables. Elles peuvent être chimiquement totalement stables, comme les polluants éternels (PFAS) que l’on retrouve dans les pesticides et donc maintenant partout dans la nature, ou moins stables, ce qui signifie que les pesticides ne disparaissent pas : ils persistent pour des périodes allant de quelques siècles à l’éternité.

Les pesticides sont des perturbateurs endocriniens, cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques et, pour la plupart, des antibiotiques qui agissent à la fois au niveau cellulaire, mais aussi au niveau métabolique. Leurs modes d’action sont multiples et variés. En dégradant de manière massive la régulation hormonale, ils dérèglent les fonctions essentielles au bon fonctionnement de l’ensemble du corps humain et des êtres vivants sur Terre.

Les pesticides sont homologués par les autorités sanitaires européennes (EFSA) / françaises (ANSES). Les tests sont majoritairement réalisés par les fabricants eux-mêmes. Les données ne sont pas toujours accessibles aux chercheurs indépendants.

L’homologation ne garantit pas l’innocuité puisque les autorités sanitaires ne font aucun test et se reposent sur les données fournies par les fabricants lors des AMM (Autorisations de Mise sur le Marché). De nombreuses substances homologuées ont été retirées après des scandales sanitaires.

L’ensemble de la régulation autour des pesticides n’a aucun sens, et n’a pas d’ailleurs pour but d’interdire de mettre des pesticides sur le marché, mais simplement d’en encadrer l’usage afin d’en autoriser leur diffusion.

Notre position d’Écologistes

Le projet écologiste porte un changement profond de paradigme.

Nous voulons sortir de la civilisation des toxiques.

Nous voulons d’un monde dans lequel le respect du vivant guide les logiques industrielles, d’un monde dans lequel un environnement sain est un droit, où pouvoir grandir, enfanter, manger, travailler, se divertir, est garanti sans mettre notre santé en danger. Il est grand temps de sortir d’un modèle qui pollue, ravage le présent et empoisonne l’avenir, de sortir de la civilisation des toxiques dans l’industrie comme dans l’agriculture.

Nous voulons :

  • Interdire l’ensemble des polluants éternels (PFAS) et des perturbateurs endocriniens en appliquant le principe de précaution, en particulier pour tous les produits entrant en contact avec la nourriture, le textile et les produits de beauté.
  • Orienter la recherche publique pour trouver des alternatives aux toxiques avec une attention particulière aux effets sur les femmes (perturbateurs endocriniens, infertilité…).
  • Élargir la responsabilité des producteurs en améliorant la loi AGEC et en intégrant des sanctions plus fermes en cas de non-respect des objectifs.
  • Soutenir une révision du règlement européen de régulation des toxiques.
  • Fonder la réglementation des substances toxiques sur une évaluation indépendante des risques sanitaires et non plus sur les analyses fournies par les industriels.
  • Protéger la qualité de l’air, de l’eau et des sols et développer l’agriculture et l’alimentation bios.

Et maintenant ? Lutter pour l’interdiction immédiate et totale des pesticides

Cela fait des décennies que les lobbys nous dupent en repoussant les mesures demandées à 2030, 2050… L’industrie substitue à chaque substance interdite une autre substance, pendant que les résistances aux produits explosent.

Basculer vers l’agriculture biologique en allouant 100% des fonds dépensés en agriculture à la conversion soit 25 milliards d’€ par an. Le coût en France du cancer était de 22,5 milliards d’€ en 2021 selon la Cour des comptes, les coûts de santé liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens sont évalués à plus de 110 milliards d’€.

Toutes les filières agricoles existent en agriculture biologique, une agriculture que nous avons pratiquée pendant plus de 12 000 ans. Les modes alternatifs de production existent en France et sont expérimentés par toute une frange de l’agriculture, qui n’a pas la même caisse de résonance que la FNSEA.

Il ne s’agit pas des barrières techniques mais de barrières mentales qui reposent sur des systèmes de croyances biaisés par le narratif de l’agrochimie. Il s’agit d’une question de volonté politique et, en démocratie, de soutien populaire : il faut donc mettre le sujet sur la table et le faire remonter à sa juste place dans l’inconscient collectif et dans les programmes des candidats aux élections présidentielles.

Au niveau associatif et individuel chacun peut :

  • Tout faire pour que le sujet des pesticides apparaisse dans les sujets prioritaires de la prochaine présidentielle.
  • Interroger et demander des explications à nos représentants : Prisca Thévenot, Députée des Hauts de Seine, a voté en faveur de la loi Duplomb.
  • Signer les pétitions comme celle contre la loi Duplomb.
  • Participer aux manifestations.
  • S’assurer que les contributions financières soient dirigées préférentiellement vers les organisations qui luttent contre les pesticides.
  • Soutenir l’agriculture et l’alimentation bios.
  • Et bien sûr suivre les conseils des campagnes d’Octobre Rose ne nuira à personne : ne pas fumer, se faire dépister, faire du sport….

S’INFORMER

https://cancercolere.org/ Sources & études : pesticides, cancers, santé.

www.chemicalinterests.fr Un site très riche sur les pesticides : analyses, ressources, décryptages et leviers d’action.

www.inrae.fr/actualites/ Une agriculture européenne sans pesticides en 2050 !

SIGNER LES PÉTITIONS

https://www.greenpeace.fr/pesticides-a-vie-non-merci-mobilisons-nous-contre-lomnibus-pesticides

La Loi Duplomb via la Loi d’Urgence Agricole, c’est toujours NON !

https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6392

POUR ADHÉRER À ACÉ

https://asso-chaville-ecologistes.fr/interagir/adhesion/

 

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