Qu’est-ce que la résilience alimentaire ?
La résilience est “la capacité d’un système à maintenir ou retrouver ses fonctions essentielles lorsque soumis à une perturbation” (Walker B. et al.).

Pourquoi nous rebat-on les oreilles de ce sujet ? Peut-être parce que l’avenir pourrait bien ne pas être “un long fleuve tranquille” ? Pour survivre nous avons, depuis toujours, eu comme préoccupation la continuité de notre alimentation. La résilience alimentaire est la sauvegarde d’une quantité et d’une qualité de nourriture (et d’eau), suffisante pour la survie de tous, face à différents aléas. Cette question a semblé disparaître dans les dernières décennies dans nos pays, tant la mondialisation et la mécanisation ont mis à notre portée tout ce que la terre produit, pour peu qu’on ait les moyens de le transporter et de le payer. Besoin de quelque chose ? Il suffit d’aller l’acheter. Nous avons donc perdu de vue le bon sens paysan d’autrefois, la connaissance de ce qu’il faut pour produire notre nourriture, transformer les produits de base, se procurer l’essentiel. Mais nous ne pouvons pas ignorer plus longtemps les enjeux de ce problème : le maintien des fonctions vitales, la paix sociale, la survie de nos descendants.

Un virus nous a rappelé à la réalité, il a suffi qu’il apparaisse, que nous soyons confinés, pour que des gens vident les rayons des grandes surfaces de produits comme les pâtes (et le papier toilette, qui certes est peu digeste). Alors qu’il ne pesait aucune menace sur l’approvisionnement, au moins pour ce qui concerne les productions françaises. Que se passerait-il en cas d’interruption des livraisons de produits alimentaires ? La France est-elle autonome en production ? Quels sont les différentes étapes de fabrication de notre nourriture ? Pouvons-nous redevenir autonomes en ce domaine ?
Nous exportons 40% de notre production (céréales, viandes) et importons l’équivalent de 30% de la surface agricole française (fruits, légumes, oléoprotéagineux dont une grosse part de soja pour nourrir le bétail, volailles, porc boeuf, lesquels sont ensuite largement exportés).
Nous perdons chaque année près de 1600 ha de terres agricoles depuis 30 ans et les agriculteurs représentent moins de 2% de la population. Les grandes exploitations sont largement majoritaires. L’agriculture intensive est en train d’épuiser les sols. Les paysans ont besoin de notre soutien, de notre considération, leur travail est notre garantie pour l’avenir.
Et nous sommes de plus en plus dépendants du pétrole pour nous alimenter : “en 1940 avec une calorie d’énergie, on produisait 2,3 calories de nourriture, aujourd’hui il faut 7,3 calories d’énergie pour produire une calorie de nourriture. (Heinberg R.).
L’inimaginable peut venir nous surprendre, qu’avons-nous prévu pour faire face à un aléa, dans le domaine de l’alimentation ? Nos stocks en magasin ne dépassent pas deux jours, plus ce que nous avons dans nos placards. En cas d’arrêt de livraison nous aurions, sous peu de jours, des émeutes.

Face à la diversité des risques il n’y a pas une résilience mais plusieurs, il s’agira de résister à différents impacts (climatiques, énergétiques, accidentels, terrorisme…). Le plus précieux des biens, étant l’eau.
Pour avoir de quoi “tenir” en cas d’isolement : organisons des stocks.
Et surtout s’assurer d’avoir, le plus près possible, des productions de denrées. Cela implique de développer l’agriculture urbaine, qui permettra de compléter/diversifier un apport en céréales et légumineuses indispensables à la survie.
Ces produits de base, ne sont pas cultivables en ville, mais nous pouvons nous les procurer dans un rayon de quelques kilomètres. Encore faut-il arrêter d’artificialiser les sols, s’atteler à les restaurer (pour qu’ils continuent à produire en qualité et quantité).
Localement il s’agit donc de s’associer le plus étroitement possible avec des paysans de la ceinture périurbaine, les plus proches, pour une production durable d’aliments (petites exploitations, en permaculture, agroforesterie etc…). Favoriser les AMAPs. Créer une cuisine centrale à destination des écoles. Faire prospérer les jardins partagés, plus seulement pour le plaisir, mais aussi pour la survie. Développer la culture dans les carrières. Avoir plus de poulaillers, plus de ruches. Faire tondre les jardins par des chèvres ou des brebis. En résumé aller vers une ville “comestible” : une ville maillée de lieux de cultures nourricières, avec des potagers, des arbres fruitiers et des baies, des fleurs mellifères.

Remettons donc le bon sens populaire en marche, partageons le fait de nous réapproprier l’idée de savoir subvenir à nos besoins les plus fondamentaux. Et commençons à regarder si nous pouvons être des acteurs d’une révolution alimentaire, pour un monde habitable.

Bibliographie :
Stéphane Linou (2019)“Résilience alimentaire et sécurité nationale” the Bookedition.com
Les Greniers d’abondance (2020) “Vers la résilience alimentaire. Faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires.”
Pablo Servigne Les verts (2013) “Nourrir l’Europe en temps de crise »