Tais-toi et sois beau !
Lieu : Parking gare Chaville Rive Droite
Protagonistes : 7 arbres d’une jeunesse vigoureuse ! 4 ans les séparent du jour de leur installation
Intrigue : leur couper la tête, leur bétonner les pieds, beau programme…

Les arbres… un mobilier urbain comme les bancs ou des poteaux.

Eh oui, il faut se rendre à l’évidence, notre droit national n’a pas encore intégré le changement climatique et l’importance (euphémisme) des arbres et de la végétation dans son atténuation.

La perception du vivant est encore limitée à notre paradigme (l’anthropocène comme on dit aujourd’hui). Le petit exemple qui suit semble anecdotique pour certains, mais révèle à quel point nous organisons la ville en fonction d’intérêts particuliers et « court-termistes ».

Certes, un arbre dit « remarquable » a droit à de menues considérations, mais la plupart ne disposent pas de ce luxe.

Je rappelle le contexte dans lequel nous baignons pour aborder le sujet : un immeuble va bientôt voir le jour à la place du parking gare Chaville Rive droite. Personne ne s’émeut de voir disparaitre une grande plaque d’asphalte noire… Cependant, à cet endroit résident aussi des jeunes arbres plantés depuis quelques paires d’années. Ils avaient été érigés avec le grand dessein de végétaliser la ville et de donner un côté nature à cet espace de stockage de carcasses à moteur thermique.

Mais un projet économique plus tard, le vivant meurt, l’attractivité demeure. Le béton se rapproche de la verdure tant convoitée et à juste titre tant recherchée (on préserve le joyau quand même) pour améliorer l’accueil (des CSP+) et le portefeuille (des promoteurs).

L’association Chaville Écologistes (ACÉ) a alors alerté les élus verts de la municipalité. Ensemble, nous avons travaillé à sauver ces arbres. Grâce à une coopération entre ACE, la mairie et Chaville Environnement notamment, ces arbres ont pu trouver gracieusement repreneurs très rapidement, aux quatre coins de la ville.
Difficulté, les espaces publics étaient peu nombreux à pouvoir accueillir ces arbres et la gestion des espaces verts étant déléguée à GPSO. Contraints par le temps et les circonstances, ce projet a malgré tout été un succès grâce à la volonté de toutes les parties impliquées pour la sauvegarde de ces arbres.

Quelques mois après le travail de transplantation, nous sommes allé voir Véronique, l’une des heureuses personnes adoptantes de 3 des arbres (2 pyrus et 1 prunus), dans la parcelle commune de la copropriété de son immeuble.
L’action a permis, au-delà de la préservation des arbres, de fédérer des personnes autour d’un projet commun.
Le projet est assez simple et légitime : redonner de la place au vivant… de la mise en place de carrés potager à l’adoption de ces arbres. Tous ces volontaires se sont coordonnés pour accueillir les arbres et veiller sur eux dans les prochains mois. Avec le gardien, ils s’organisent pour permettre le bon enracinement durant les premiers mois critiques.


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Un autre projet affiche peu d’ambition pour l’arbre. La RD910 (reliant Paris à Versailles, en passant par Chaville) se refait une jeunesse, mais replace les arbres à leur place légale… au rang de meuble urbain.
Le projet supprime une grande partie des arbres, par convenance, et se dédouane en claironnant la plantation d’arbres en plus grande quantité…
Des arbres matures, sains et vigoureux sont abattus pour permettre une meilleure organisation de la voie.

Choisir c’est renoncer. Ici, on choisit de ne pas choisir. Le déplacement rapide est vital dans nos sociétés. La mobilité douce est de plus en plus plébiscitée, le changement climatique ordonne aux décideurs de considérer le vivant… De fait, on trouve une place à chacun sur la voie… Sauf qu’à trop en mettre, ça déborde.

La nature, en l’occurrence ici essentiellement les arbres, est toujours la variable d’ajustement. Mais quid de la place de la voiture individuelle ? Quelle vision à moyen terme de l’aménagement des transports urbains publics ? Sans réflexion, sans planification de transition, la voiture restera au cœur des villes. Pensons à l’espace occupé par les rangées d’énormes boîtes à sardines les unes derrière les autres au repos… absurde, non ?

7 arbres sur le parking ont pu être sauvés in extremis, mais combien tombent et tomberont si l’on reste dans la logique actuelle ? Cela dans un contexte où l’année 2020 signe un nouveau palier dans le réchauffement climatique, atteignant 1,2°C de plus qu’avant la révolution industrielle.

Je vous encourage à lire cette tribune sur les arbres, du 11 mars 2018 parue dans Libération.


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