Un progrès technologique pas écolo…
Chaville écologistes informe pour mieux (moins) consommer

Retour sur les derniers événements 

Le gouvernement français a lancé en décembre 2019 une procédure d’attribution des licences des fréquences 5G. Début octobre 2020 se terminaient les enchères et les opérateurs (Orange, SFR, Free Mobile et Bouygues Telecom) se sont partagé les blocs de fréquences, rapportant à l’état 2,8 milliards d’euros.

Les autorisations d’utilisation des fréquences ont été délivrées rapidement, et SFR a été le premier, le 20 novembre 2020, à activer un réseau 5G en France (Nice).

La 5G s’inscrit dans un processus continu d’amélioration technologique depuis la 1G dans les années 1980. La 5G a vocation à améliorer les performances (débit, réactivité, densité d’objets connectés) par rapport à la 4G dans le but de permettre la croissance de la consommation de données et l’émergence de nouveaux usages pour les particuliers et surtout pour les entreprises.

La 5G, qui cohabitera avec les générations précédentes de téléphonie mobile, en particulier la 4G, utilisera dans un premier temps des bandes de fréquences déjà exploitées par celles-ci ainsi que la bande de fréquences située autour de 3,5 GHz. Dans un second temps, la 5G sera également déployée sur la bande située autour de 26 GHz, caractérisée par une portée réduite et une faible pénétration dans les immeubles et les tissus humains. Les impacts sanitaires liés à cette fréquence sont inconnus.

Planning

Le déploiement complet de ce nouveau réseau devrait prendre une dizaine d’années sur la métropole.
Mais à court terme une compétition s’instaure ente les opérateurs, malgré la défiance locale plus ou moins influente.

Principales étapes prévues :

  • 2022 : chaque opérateur devra avoir déployé 3 000 sites 5G
  • 2024 : chaque opérateur devra avoir déployé 8 000 sites 5G (dont 4 000 en zone peu dense). Les sites olympiques devraient être couverts en 5G
  • 2025 : l’accès à la 5G devra être possible pour deux tiers de la population
  • 2027 : couverture des routes principales (55000 km)

La technologie 5G en chiffres :

  • Un débit moyen amélioré de 5 fois celui de la 4G (source digital Trends)
  • Augmentation des connexions mobiles au km² : 4 fois plus qu’avec la 4G
  • Gain d’énergie pour transporter une même quantité de données (jusqu’à 85%)
  • Augmentation du nombre des antennes dans le paysage, la gamme des fréquences utilisées étant des fréquences plus courtes (estimation pour la Suisse : besoin de 15 000 nouvelles antennes, 25 000 au total pour une couverture identique)
    Le déploiement de la 5G par les opérateurs s’opère à partir d’une combinaison de modifications (rétrofit) d’antennes déjà construites et d’installations d’antennes nouvelles
  • Nocivité / santé publique (norme OMS) : les ondes de la 5G étant plus courtes, sont donc plus risquées que celles des 3 et 4G. Les experts sont massivement de l’avis de procéder à des essais grandeur nature avant de se prononcer sur la dangerosité. En 2019, 248 scientifiques ont adressé une lettre à l’ONU pour exiger un moratoire sur la 5G.
    L’étude gouvernementale « DÉPLOIEMENT DE LA 5G EN FRANCE ET DANS LE MONDE : ASPECTS TECHNIQUES ET SANITAIRES » précise que des cas atypiques de dépassement des niveaux retenus autour des antennes actuelles font l’objet de saisines par l’ANFR aux opérateurs, et que l’introduction de la 5G pourrait conduire à une augmentation de ces cas.
  • Empreinte sur l’environnement : des hypothèses seulement, pas d’études sérieuses (perturbation des abeilles ? oiseaux ? insectes ?) (Ne demande-t-on pas aux chercheurs de chercher ce que l’on souhaite trouver ?)

 

Au fait, en a-t-on besoin, et quel est son impact écologique ?

Les progrès techniques sont toujours très attrayants, ils sont vendus par des ingénieurs qui sont en général manipulés par leurs responsables marketing et commerciaux, et par des politiques à qui on fait croire que le progrès sera indispensable à la croissance et aux (dés) – équilibres financiers.

Et puis plus tard la question se pose : aurait-t-on pu s’en passer ? L’argent investi n’aurait-t-il pas dû l’être ailleurs ? Le plus gros avion de ligne jamais construit, l’A380, avant que sa production ne soit arrêtée, était-il nécessaire ?

Le progrès c’est formidable intellectuellement sauf quand il entraîne la dégradation de notre planète.
Jean-Marc Jancovici, Polytechnicien spécialiste de l’énergie et du climat, explique que le monde qui nous entoure devient un monde contraint, à ressources limitées.
Il faut donc faire des choix technologiques qui prennent en compte l’impact ressources et environnement.

Expansion du volume d’échanges de données :

Alors qu’avec les réseaux existants, la croissance du volume des échanges de données par les réseaux mobiles est impressionnante (voir tableau ci-après), la technologie 5G et ses nouvelles applications vont redonner un élan vers encore plus d’échanges de données.

 

Les opérateurs évoquent une économie d’énergie grâce à la 5G. Ils expliquent ceci par le fait que les données, étant transférées plus rapidement, vont entraîner une économie d’énergie électrique.

Il est vrai que l’efficacité par octet est améliorée, mais que l’on ne s’y trompe pas : la très grande partie de la consommation en ressources et énergies liée à la technologie 5G ne sera pas créée par le haut débit de transfert des données, mais sera créé par la fabrication des nouveaux composants qui seront proposés aux consommateurs que nous sommes : nouveaux modèles de téléphones, domotique, objets connectés (réfrigérateurs, chaussures, …), réseaux et antennes.

Autrement dit la croissance des équipements informatiques sera beaucoup plus importante et polluante que les maigres gains liés aux transferts de données. La 5G, augmentant considérablement le champ des possibles, va susciter le développement de nouveaux matériels informatiques et électroniques.

Ce sont ces nouveaux matériels qui vont aggraver la consommation de matières premières (terres rares, chimie…), et d’énergie pendant toutes les phases de vie de ces produits.

La production de gaz à effet de serre de l’ensemble du système digital dans le monde, incluant la fabrication des équipements (serveurs, smartphones, …) s’élevait en 2018 à 4%, soit l’équivalent de l’ensemble de la flotte mondiale des camions, en augmentation de 10% par an.

Alors que l’emballement climatique est maintenant constaté, et va transformer nos modes de vies de façon certaine, Il ne semble pas opportun de donner un coup d’accélérateur à cette pollution.

 

Conclusions et actions

Une commission du Sénat a d’ailleurs fait une proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Cette proposition a été examinée le 16 décembre 2020.
Rien n’a été fait pour que les citoyens puissent prendre conscience des risques de cette technologie sur notre planette AVANT que les décisions politiques ne soient prises. Une fois la pilule passée, le politicien tend à montrer qu’il encadre et maîtrise…

Les risques, eux, ne sont pas définis, mais les enjeux économiques sont énormes, ce qui peut expliquer le manque de concertation et d’information aux citoyens et les accords passés avec les opérateurs pour se partager le marché. L’enjeu économique est majeur sur toutes les entreprises de produits connectés et de services associés.

S’il est encore temps d’en limiter l’impact, la 5G devrait être appliquée uniquement sur des réseaux fermés pour des applications qui ont un intérêt commun pour la sécurité. Exemples :

  • La régulation d’un réseau de transport en commun, au niveau d’une ville,
  • D’un aéroport, (régulation et contrôles)
  • D’un hôpital, imagerie médicale

Nous regrettons que cette voie de la sagesse ne soit pas celle que le gouvernement, que l’Europe, auraient pu choisir sans renier le progrès.

La technologie est développée et elle est prête… Il reste donc à informer les citoyens de la réalité et à agir en responsabilité.

L’association Chaville Écologistes propose d’appliquer ces règles de conduite simples :

  • Avant l’acte d’achat d’un produit technologique, se poser la question : « en ai-je vraiment besoin ? »
  • Pour les produits que je possède déjà, attendre la panne avant de changer, ne pas se laisser séduire par le dernier modèle.
  • Choisir des équipements non surdimensionnés par rapport au besoin
  • Éduquer nos proches pour limiter les achats, en pratiquant la responsabilisation (Parents => enfants, Politiques => citoyens, citoyens => citoyens)

Association Chaville Ecologiste
Groupe communication

Principales sources :

La 5G, en a-t-on vraiment besoin ? Interview de Jean-Marc Jancovici / « Déploiement de la 5G en France et dans le monde : aspects techniques et sanitaires SEPTEMBRE 2020 » / Arcep, « L’empreinte carbone du numérique », 2019

 


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