Pourquoi l’Association Chaville Écologistes reste opposée au projet actuel


Le projet de requalification de la RD 910, entre Chaville, Sèvres et Saint-Cloud, est désormais entré dans sa phase opérationnelle. Les travaux préparatoires ont commencé et le Département des Hauts-de-Seine poursuit le calendrier prévu.

Pourtant, ce projet continue de susciter de nombreuses interrogations. La nouvelle majorité municipale élue en 2026, comme l’ancienne équipe municipale en 2019, a tenté d’obtenir des modifications substantielles du projet. Ces demandes n’ont pas été retenues par le Département. Après plus de dix ans d’études, de procédures administratives et de concertations, le projet est aujourd’hui largement figé et les marges d’évolution sont devenues extrêmement limitées.

Dans ce contexte, l’Association  Chaville Écologistes souhaite rappeler les raisons de son opposition au projet dans sa forme actuelle.

Pourquoi nous disons « non » au projet actuel ?

Nous partageons plusieurs objectifs affichés par le Département :

  • Réduire la place de la voiture individuelle ;
  • Favoriser les déplacements à vélo et à pied ;
  • Améliorer les transports en commun ;
  • Rendre l’avenue plus agréable et plus végétalisée.

Cependant, nous estimons que le projet retenu ne constitue pas la meilleure réponse à ces objectifs. Pour de nombreux Chavillois, le résultat attendu n’apportera pas d’amélioration significative par rapport à la situation actuelle. Sur certains points, il pourrait même constituer une régression. Selon nous, une rénovation plus sobre et plus écologique de l’existant permettrait :

  • D’améliorer les aménagements cyclables en assurant une bonne distance entre piétons et cyclistes ;
  • De conserver davantage d’arbres matures ;
  • De renforcer la végétalisation ;
  • De désimperméabiliser plus largement les sols ;
  • De limiter les coûts et les impacts du chantier.

Une cohabitation difficile entre vélos et piétons

L’un des principaux points de désaccord concerne le choix de faire circuler les vélos sur des espaces partagés ou très proches des cheminements piétons. Nous soutenons pleinement le développement du vélo comme mode de déplacement du quotidien. Mais cette ambition doit s’accompagner d’infrastructures adaptées. Aujourd’hui, les usages évoluent rapidement :

  • Augmentation du nombre de cyclistes ;
  • Développement des vélos à assistance électrique (VAE);
  • Essor des vélos cargos ;
  • Augmentation des distances parcourues.

Dans ces conditions, faire cohabiter piétons et cyclistes sur des emprises limitées crée des conflits d’usage et des risques prévisibles. Cette situation concerne particulièrement : les seniors ; les enfants et les personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite. Nous considérons que le projet devrait rendre la marche à pied sûre et sereine, et que les aménagements cyclables devraient être clairement séparés des cheminements piétons et dimensionnés conformément aux standards actuels des grands itinéraires cyclables franciliens.

Une réduction de la place de la voiture en ville

Le projet prévoit une seule voie de circulation par sens sur l’ensemble de l’axe ainsi que l’arrêt des bus directement en chaussée. Sur ce point, notre position est claire : nous soutenons le principe d’une réduction de la place accordée à la voiture individuelle. Il est en effet nécessaire de :

  • Diminuer la dépendance à l’automobile ;
  • Encourager les modes de déplacement actifs ;
  • Améliorer les transports en commun ;
  • Réduire les nuisances sonores et la pollution.

Cette orientation constitue donc un aspect positif du projet actuel qui devra être maintenu, même si elle est contestée par certains acteurs attachés au maintien des capacités routières actuelles.

Une perte importante d’arbres matures

L’autre sujet majeur concerne le patrimoine arboré : le projet prévoit certes des plantations et de nouvelles surfaces végétalisées. Cet effort est positif. Cependant, les jeunes arbres ne remplacent pas immédiatement les services rendus par des arbres adultes : ombrage, rafraîchissement des rue, captation du carbone, accueil de la biodiversité, amélioration du cadre de vie.

Dans un contexte de réchauffement climatique et de multiplication des vagues de chaleur, nous estimons que la préservation des grands arbres existants doit constituer une priorité absolue.

Une végétalisation encore insuffisante

Le projet comporte plusieurs mesures de désimperméabilisation et de végétalisation. Nous regrettons néanmoins l’absence d’une véritable stratégie écologique globale.

À nos yeux, l’aménagement devrait aller plus loin pour :

  • Restaurer les continuités écologiques et renforcer les trames verte, bleue, brune et noire ;
  • Favoriser l’infiltration des eaux pluviales ;
  • Développer les îlots de fraîcheur ;
  • Préparer la ville aux épisodes climatiques extrêmes.

Face aux défis climatiques des prochaines décennies, nous pensons qu’il faut transformer nos espaces publics de façon beaucoup plus ambitieuse.

Quel impact sur le commerce local ?

Le projet prévoit une diminution significative du nombre de places de stationnement. Cette évolution inquiète une partie des commerçants et de nombreux riverains. Nous estimons qu’il est important de supprimer le stationnement des voitures « ventouses » qui restent longtemps stationnées sans bouger, et de conserver les places de stationnement de courte durée pour les activités sur l’avenue. Toutefois, le commerce de proximité ne devrait pas être analysé uniquement à travers la question du stationnement. Des centres-villes agréables, accessibles à pied, à vélo et en transports en commun peuvent aussi renforcer l’attractivité commerciale et encourager le consommer local.

Et maintenant ?

La question qui se pose aujourd’hui est simple : faut-il laisser faire ce projet qui ne répond pas aux enjeux écologiques du XXIème siècle ou l’arrêter pour le reconfigurer, conformément au programme de la liste élue à la Mairie de Chaville en Avril 2026 (nous compterons évidemment, dans cette perspective, sur la participation active du Département pour reconfigurer ce projet en appui de l’exécutif municipal récemment élu) ?  

Les critères, selon l’Association Chaville Écologistes, qui devraient guider la décision

Pour Chaville Écologistes, ce projet ne doit pas se limiter à une question de circulation et d’esthétique urbaine, mais doit également être pensé à l’aune des enjeux écologiques du XXIe siècle. Nous proposons de retenir les critères et objectifs suivants :

  • Accompagner la réduction de l’usage des véhicules motorisés ;
  • Développer d’avantage l’usage des mobilités actives pour les trajets du quotidien (sans oublier la marche à pied);
  • Améliorer l’efficacité et circulation des transports en commun ;
  • Atténuer l’effet des canicules : créer des îlots de fraîcheurs, préserver au maximum les arbres existants, résurgence de l’eau, végétalisation ;
  • Réduire les risques d’inondation : à travers la désimperméabilisation de l’avenue Roger Salengro et création des noues.
  • Préserver la biodiversité : prendre en compte les trames verte, bleu, brune et noire.

Notre position

Face à l’urgence climatique et à la contrainte croissante sur les finances publiques, nous considérons que chaque investissement majeur doit contribuer directement à l’adaptation de nos villes au changement climatique et à la réduction de notre impact environnemental. Le projet actuel représente un investissement d’environ 50 millions d’euros sur Chaville et Sèvres. Nous estimons qu’une partie importante de cette somme pourrait être mobilisée plus efficacement dans un projet alternatif reposant sur :

  • La préservation maximale des arbres ;
  • L’amélioration des pistes cyclables actuelles en site propre ;
  • La désimperméabilisation des sols ;
  • Le développement de la nature en ville (résurgence des cours d’eau, ilots de fraicheur…)

C’est pourquoi l’Association Chaville Écologistes reste favorable à la solution défendue lors des dernières élections municipales : abandonner le projet actuel et élaborer un projet alternatif de rénovation écologique de l’existant.

Une réflexion spécifique pourrait néanmoins être menée sur le secteur du centre-ville, où certains aménagements permettent de créer une meilleure continuité piétonne entre la mairie, les commerces et la place du marché, à condition de proscrire tout abattage d’arbres.

Repères chronologiques

  • 2014-2017 : premières études du projet.
  • 2019 : présentation des premiers plans.
  • Décembre 2019 : enquête publique.
  • 2019 : proposition municipale d’une piste cyclable centrale bidirectionnelle permettant de préserver davantage d’arbres.
  • 2019 : refus du Département, estimant que cette modification remettait en cause l’équilibre de l’enquête publique.
  • 2020-2024 : ajustements à la marge à l’issue des concertations.
  • 2024 : projet définitivement figé.
  • 2026-2030 : déroulement prévisionnel des travaux.

Quelques chiffres *

Même si un effort a été fait pour ajouter de jeunes arbres et des zones végétalisées (+181), cela ne compense pas le nombre d’arbres abattus (234 → 155), d’autant qu’un arbre jeune mettra plusieurs décennies à atteindre la maturité, sans compter un risque exacerbé de mort par suite des sècheresse et canicules à venir. L’atténuation des effets des canicules sera donc beaucoup moins efficace.

Le nombre de stationnement est réduit de façon significative (523 → 401) ce qui mécontente les commerçants et certains riverains.

(*) Chiffres fournis en 2021 soumis à modification suite à la gestion des réseaux en sous-sol et des accès pompiers (donc il y aura plus d’arbres abattus et moins de nouveaux arbres à la livraison). Il est possible de voir les arbres supprimés et ajoutés sur le plan 2026 ainsi que les stationnements.

 

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